Un homme passionné et engagé
Defustel Ndjoko se décrit comme un homme passionné par son travail, en quête perpétuelle de défis et d’excellence. Son engagement social est profondément ancré dans ses valeurs, qu’il a acquises dès son enfance au Cameroun. Africa Times Magazine a eu l’opportunité de s’entretenir avec Defustel Ndoko, créateur de mode de renom et figure emblématique de l’industrie africaine. Dans une interview exclusive, il s’est confié sur son parcours, ses valeurs et sa vision de l’avenir de la mode africaine.
Si vous deviez vous présenter en quelques mots, comment le feriez-vous ?
Je me décris comme un homme passionné par son travail, très investi dans ce qu’il fait, qui aime le beau et qui est en permanence en recherche de challenges, et qui cherche à se surpasser tout le temps pour présenter le meilleur produit possible à ceux que j’ai la chance et le privilège d’habiller. Je suis un travailleur, je suis assez dynamique, j’aime les challenges.
Vous mentionné souvent l’importance de l’empathie et de la solidarité. Comment ces valeurs se traduisent-elles dans votre vie quotidienne ?
Pour moi c’est quelque chose qu’on acquiert par l’éducation, depuis ma naissance, à travers ce que ma mère m’a transmis. C’est des gestes du quotidien, vis-à-vis de mes enfants, vis-à-vis des gens que je rencontre. Il m’est par exemple très difficile pour moi, quand je roule en voiture, de traverser quelqu’un qui fait de l’autostop sans m’arrêter, même s’il ne va pas dans ma direction. Si je peux raccourcir son chemin, je le fais. C’est des gestes qui nous permettent à nous, humains, d’exprimer vraiment qui nous sommes en tant que personnes. C’est-à-dire la richesse, la solidarité, être altruiste, être empathique. Je me rappelle toujours, ma mère, parfois, quand j’allais au village, elle me disait, l’autre jour je marchais pour retourner au village et puis il y a tel monsieur qui s’est arrêté pour me prendre sur le chemin. Donc, ce sont des gestes qui ne se perdent pas. Ça peut être des petits comme des grands gestes. Au Cameroun, je vais inaugurer l’énergie solaire que j’ai installée dans une école que j’ai construite il y a 15 ans. Et on espère, en le faisant, qu’on essaye de changer un peu le monde.
Avez-vous acquis cette solidarité depuis votre enfance au Cameroun ?
Oui, tout à fait, par exemple, ça fait au moins 25 ans que je suis dans l’humanité. Quand je dis dans l’humanité, je veux dire dans l’attitude de tendre la main à l’autre. Je l’ai toujours eu parce que j’ai vu ma mère faire, j’ai vu autour de moi les gens le faire. Ce n’est pas quelque chose d’isolé, C’est quelque chose que j’ai vu les gens faire et je me suis dit, ah mais tiens, si c’est ça la vie. Et puis, de toutes les façons, on a l’impression de recevoir un retour directement. Donc, si je pousse le bouton un peu plus loin et un peu plus provocateur, je dirais même que c’est par égoïsme qu’on le fait parce qu’on se dit que quand on donne, on reçoit et comme on aime recevoir, il faut donner.
Quelles sont les personnes qui vous inspirent ?
Dans ma vie, la personne qui m’a le plus inspiré et continue de m’inspirer, c’est ma mère parce que de par sa volonté de se dépasser, de sortir de sa situation, foyer polygamique, beaucoup d’enfants. Ce n’est jamais évident pour les femmes, vraiment de manière générale, que ce soit celles qui ont l’impression d’être privilégiées ou celles qui ont l’impression d’être défavorisées, mais les hommes jouent de tout ça en fait. Ma mère était dans l’une ou l’autre situation, peu importe, mais je l’ai vue se battre, ne jamais accepter, ne jamais renoncer, être chassée du foyer familial, mais se battre quand même. J’ai toujours vu en elle un papa et une maman, mais tout ça incarné par une femme et ce n’est pas une situation isolée, c’est vraiment la situation de beaucoup de mamans chez nous en Afrique, mais ici c’est vraiment ce visage-là de quelqu’un d’extrêmement volontaire, de quelqu’un d’extrêmement ambitieux, tout en étant maternel, qui m’a inspiré. J’ai évidemment des gens qui m’inspirent par leur capacité à aller de l’avant malgré les difficultés. Brunello Cuccinelli, quelqu’un qui m’inspire énormément par ses actions sociales dans l’univers de la mode. Monsieur Oswald Babouké, qui est à la présidente du Cameroun, qui me soutient, dans mon travail, et ça il faut être reconnaissant de le dire, il n’a pas d’obligation de le faire, mais il m’ouvre les portes, parce que je fais un travail qu’il aime.
Quelle est votre plus grand soutien dans votre entourage professionnel ?
Mon épouse, parce que c’est vraiment impossible de faire ce que je fais, même le quart, si je n’ai pas cette femme derrière moi. Parce que j’ai trois enfants, donc je suis censé m’occuper au quotidien, en tant que papa, je suis censé protéger ma famille également, mais je ne suis pas là au quotidien, je suis tout le temps parti. Donc elle joue ce rôle-là, et le mien, et le sien, et à merveille, elle me protège, elle protège sa famille, les enfants, elle est là, et elle me soutient dans mon travail, vraiment quotidiennement, elle me laisse faire ce que j’aime, donc il n’y a pas plus grand soutien que ça. Et ça, je ne la remercierai jamais assez, parce que honnêtement, elle est la clé de tout, parce que si elle ne me soutient pas, je n’y vais pas.
Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie familiale avec tous vos voyages ?
C’est difficile. J’essaie d’être vraiment présent quand je suis là. Je dialogue beaucoup avec mes enfants, je leur explique mes projets. On essaie de compenser les absences.
Quel était votre rêve en quittant le Cameroun pour la Belgique ?
Comme la plupart des jeunes, qui quittent le continent, on rêve de meilleures perspectives, on a un beau continent, on s’y sent extrêmement bien, mais parfois aussi, c’est un continent qui nous apporte beaucoup de frustration, quand on entreprend souvent, c’est compliqué etc.. Donc, quand on est jeune, quand on est dynamique, on se dit: l’herbe est un peu sèche ici, elle pourrait être verte un peu ailleurs, mais soit on quitte le Cameroun pour la Côte d’Ivoire ou pour d’autres pays, parce qu’il faut dire que l’immigration la plus importante est d’abord intra-africaine, soit on quitte pour l’Europe quand on peut. Moi, mon sentiment, c’était ça, c’était me donner un peu plus de perspectives, de réussite et j’étais en quête de mes rêves.
Avez-vous des peurs ?
Non, je n’avais pas peur, je n’avais pas peur parce que quelque part, j’étais quand même arrivé au bout de mes possibilités ou du moins de ce que l’horizon local pouvait m’offrir en termes de perspectives, j’étais arrivé au bout, voilà, j’avais pas de porte de sortie et pour moi, mon sentiment, c’est que c’est l’Europe qui devait m’offrir ces portes de sortie-là. Mais c’est ce que pensent beaucoup de jeunes, soit ceux qui prennent l’avion, soit ceux qui prennent la route, parfois ça marche, parfois ça ne marche pas, mais malheureusement, nos pays, parfois, ne nous permettent pas toujours de réaliser nos rêves, voilà.
Avez-vous toujours des attaches avec vos amis au Cameroun ? Que pensent-ils de vous ?
Oui, un peu, parce que beaucoup ont bougé, un peu partout, mais il y avait des gens qui m’ont connu tout enfant, mais pour eux, tous, j’ai réussi, mais je sais que moi, dans ma tête, je suis encore au début de l’écriture d’une histoire qui pourrait être très belle, mais pour eux, j’ai réussi.
Vous considérez-vous comme une réussite ?
Oui, mais en fait, on doit en permanence se remettre en cause, on doit en permanence se challenger. Ce que je pense avoir réussi dans ce parcours-là, c’est d’avoir pu construire une famille et d’avoir pu impacter socialement à travers les petites œuvres que j’ai pu mener dans mon village. J’ai pu apporter un peu de bonheur à la communauté, ça, c’est mes plus grandes réussites. Alors dans le domaine professionnel, je pense que j’ai encore des démarches à gravir, mais je ne peux pas moi me contenter du regard des gens. Beaucoup de gens disent que oui, on te voit sur TF1 comme habilleur, oui, on te voit entrer à la présidence du Cameroun, c’est une réussite, tout le monde vient dans ton showroom, je ne peux pas les empêcher de penser ça, c’est parfois des niveaux qu’on n’avait jamais imaginés moi atteindre ou qu’eux, ils peuvent difficilement atteindre, mais pour moi, je ne vois pas ça comme une réussite, c’est la conséquence d’un travail que je fais. Ma réussite sera que demain, ma personne puisse s’effacer derrière la marque Defustel et que cette marque soit incarnée et continue à fonctionner avec d’autres personnes sous la roulette ou sous la direction d’autres personnes. que je sois retiré peut- être dans mon village et que je voie les choses de haut, mais fonctionner, ça, ce serait ma réussite, mais pour ça, il faut un travail que je continue de faire.
Qu’est-ce qui vous motive à vous engager socialement en Afrique ?
Je pense que si dans un espace donné, tout est lamentable, tout est pauvre, tout est malheur, tout est triste et que dans cet espace, il y a peut-être votre seule maison qui est dressée là, bel édifice, jolie, avec de belles voitures dans le parking, ça pose quand même un problème éthique et moral. Donc, en définitive, on ne peut pas être heureux seul. Du coup, je pense que le partage, le fait de donner un tout petit peu autour de soi, du peu qu’on reçoit aussi, quelque part, fige un peu le sourire sur le visage des personnes et ce bonheur ou ce sourire-là nous irradie aussi. Donc, c’est des choses qui me motivent. Mais fondamentalement, je dirais que parfois on est motivé parce qu’on ne veut pas que des gens vivent ce que nous-mêmes on a vécu. Des conditions difficiles de scolarité, le fait d’avoir arrêté la scolarité, le fait par exemple de voir qu’autour de vous, les cousines, votre maman, votre sœur a été brutalisée et vous vous dites non, d’autres jeunes filles ne peuvent pas subir ce genre de choses et vous vous engagez, on se dit à un moment donné, si je peux faire en sorte que d’autres ne vivent pas la même chose ou du moins le moins possible, on s’engage. Donc, ce sont des choses qui me motivent et tant que je peux, je le fais.
Principalement en Afrique ?
Uniquement au Cameroun, il faut choisir ses combats on ne peut pas tout embrasser, même les hommes les plus puissants, ils choisissent toujours où intervenir ou faire quoi. Heureusement que d’autres font des choses ailleurs, mais quand on a des moyens limités, il faut choisir ses combats, il faut choisir ses zones d’intervention, il ne faut pas se disperser. Vous savez, quand je vous parlais de cette école, j’ai commencé la construction en 2006, encore aujourd’hui, je continue à faire des choses dans cette école, à mettre de l’électricité solaire, électrifier l’église, etc. Mais parce qu’il faut être constant, il faut lancer un projet, le suivre, être sûr que ce projet est toujours entretenu. Il ne faut pas construire des éléphants blancs, comme on dit. Oui, c’est uniquement en Afrique, , parce qu’il faut s’y construire, ce qu’on fait, et le faire bien.
Quel conseil pour un jeune qui rêve de réussir dans votre domaine ?
Être passionné, par ce qu’on fait, parce que s’il n’y a pas ce feu qui brûle en vous, il faut laisser tomber. Accepter les sacrifices qui vont avec et travailler. C’est ces trois choses-là en fait, Même s’il faut penser à la rentabilité, parce qu’on aimerait vivre de son travail, mais ça ne doit pas être la chose première. Vous savez, quand j’étais en Côte d’Ivoire, j’ai un client qui s’appelle le révérend Raouafo, j’ai fait quatre fois ses retouches, Et à la dernière retouche, il m’a dit c’est parfait. C’est ça en fait, c’est frustrant, c’est agaçant. Je viens, il essaie, je trouve que le zip n’est pas vraiment bien, il faut refaire. Je fais quatre fois, Et à la quatrième fois, il m’a dit c’est parfait. Et je dis super. Et il me salue, il me dit je suis satisfait du travail. Maintenant, j’aimerais refaire toute ma garde-robe. Donc, c’est dur, mais il faut être passionné, il faut être patient. Accepter le sacrifice qui va avec. Mais au bout, généralement, je suis à la récompense.
Comment envisagez-vous l’avenir de la mode africaine ?
J’envisage l’avenir de la mode africaine avec beaucoup d’optimisme, je pense que les gens comprennent que la mode, c’est un secteur rémunérateur. C’est un secteur, pas simplement d’avenir, mais même du présent. Et c’est pour ça qu’au Burkina Faso, la filière coton a été labellisée. Aujourd’hui, le Faso Danfani, c’est une appellation d’origine contrôlée. Donc, c’est rentré carrément dans un processus de réflexion, de dynamisation de l’économie. Au Rwanda, on a interdit l’importation des vêtements de seconde main pour dynamiser l’industrie locale. De plus en plus, les États prennent conscience de ce que cette mode a, le textile et tout ce qu’il y a autour, et d’autres choses encore, a nourri l’économie, a industrialisé l’Europe. Et qu’ils, pour se débarrasser des surplus, nous vendent des vêtements en seconde main. La Chine fait pareil. Donc, il est temps que nous prenions conscience. Et de plus au Bénin, ils ont monté dans la zone franche tout un segment textile, où tout se fabrique sur place. En Côte d’Ivoire, c’est extrêmement dynamique également. Mais il faut que les pouvoirs publics fassent plus Créer un écosystème favorable à l’éclosion des talents, à la consommation, et au fait que tout ce qui tourne autour de la création peut être trouvé dans un bassin.
Pensez-vous que les gouvernements doivent s’impliquer ?
Absolument, ils n’ont pas le choix. C’est les pouvoirs publics qui disent que nous allons créer une zone franche où on exonère des créateurs. Ou ceux qui ont des projets de création d’usines de textiles, on les exonère de taxe. La population exprime un besoin et les pouvoirs publics impulsent. si vous prenez le CAC 40 qui est la bourse française, le cadre de la capitalisation est détenu par le secteur de la mode et du luxe, LVMH, Hermès, le groupe Kering,? Le groupe Kering avait plein de temps venu, etc. L’Oréal, beauté et mode. Donc vous prenez les quatre, ils concentrent à eux quatre le cadre de la capitalisation du CAC 40. Et chez nous alors, qui a encore un vivier vierge, vous imaginez ce que cela pourrait représenter en termes d’économie ? Vous allez en Italie, la mode contribue au niveau du PIB de l’Italie, au moins à 1%. Si l’Italie fait 3% de PIB, la mode contribue au moins à 0,75%. C’est énorme. Donc nous, si on ne comprend pas ça, que c’est un vecteur de création d’emplois, de richesse et de croissance, quand est-ce qu’on va comprendre ? C’est une réalité. Moi, quand je vais une semaine à Abidjan, je fais du chiffre. Mon rêve pour plus tard, c’est de matérialiser définitivement mon installation à Abidjan. Parce que, dès le début, ça a été mon plan. Matérialiser mon installation à Abidjan. Et puis, ouvrir cet espace à d’autres créateurs qui pourraient, en fonction des exigences de l’espace, exposer leurs œuvres. Et, évidemment, continuer à voyager à travers l’Afrique pour faire du private-tellering comme j’ai le fait.
Quelles sont vos passions en dehors de la mode ?
Je suis très passionné par la musique, je suis assez éclectique. J’écoute du Brian Adams, comme du Joe Cooker, comme Otis Redding, j’ai téléchargé l’album de Pierre Clavey et Ndengue. Bailly Spinto, j’écoute énormément. Ernesto Djedje. Robert Johnson, qui est un peu le créateur du blues américain. Les gens de ma propre région, André Maritala, Sam Fantoma. Mais la Nouvelle Génération, j’écoute. J’écoute aussi beaucoup de rap. Le dernier album de Kendrick Lamar, qui est une pépite, et qui fait des petites frictions avec Lil Wayne. On écoute de tout, parce que quand tu es créateur, quand tu es artiste, tu dois être à l’écoute parce que c’est souvent la musique qui amène des tendances.
Quand on voit Ashake, habillé sur scène, comment stylistiquement, Flavor a changé, c’est inspirant. J’écoute Chiqui, la pépite nigérienne, donc j’écoute de tous. Et au-delà de ça, j’aime l’histoire qui va avec la musique, parce que c’est toujours contextuel, l’afrobeat, comme le blues, c’est une musique de revendication. Donc moi, au-delà de la musique, ce que j’aime, c’est l’histoire des musiques, des différents courants, parce que j’aime aussi beaucoup l’histoire. Quand on est créateur, il faut avoir les oreilles ouvertes, les yeux ouverts. Et ça permet de sortir de sa zone de confort, ça permet de pouvoir expliquer les collections, ça permet de pouvoir étayer des points de vue, etc..
Avez-vous une anecdote inédite à nous raconter ?
Récemment, à Abidjan, le chef de l’île Boulay, qui est client chez moi, m’a offert 500 mètres carrés de terrain sur l’île. Il a rassemblé les notables, ils m’ont invité à manger… J’ai été extrêmement touché par ce geste.
Un dernier mot ?
Il faut continuer à bien travailler et à faire le bien autour de soi. Donner, c’est recevoir.
Merci beaucoup pour cet entretien.
Merci à vous.
Une réponse
Une interview avec énormément de coquilles …
La forme est acceptable,le fond est améliorable ..
Mes sincères encouragements.